Chapitre I · 2 min de lecture
Le septième marcheur
La marche comme ascension enracinée
Chanoch est la septième génération depuis Adam.
Adam.
Chèt.
Enoch.
Kénan.
Mahalalel.
Yéred.
Chanoch.
Le septième.
Ce détail invite à la contemplation, en particulier dans une conscience de Torah qui sait combien de fois sept représente l’achèvement d’un ordre au sein de la création. Le septième jour reçoit les six qui le précèdent. La chemitah est la septième année. La Menorah se déploie en sept lampes. מַלְכוּתMalkhoutRoyauté ; la dixième et dernière sefirah, la faculté de recevoir et de parler dans l’ordre des sefirot, et le point d’où commence un monde inférieur.Glossaire achève les sept מִידּוֹתmidotLes sept attributs émotionnels de l’ordre des sefirot, achevés et rendus transmissibles par Malkhout.Glossaire. Un cycle descend, s’articule, atteint son extrémité réceptrice.
Et le septième homme depuis Adam fait quelque chose d’inédit.
Il marche hors du schéma ordinaire.
Pourtant la Torah ne le définit pas d’abord par l’ascension.
Elle le définit par la marche.
וַיִּתְהַלֵּךְ.
Texte original
Il marcha.
C’est l’un des verbes les plus discrets que l’on puisse imaginer pour un homme que la tradition mystique juive entourera plus tard de feu, de couronnes, de palais, de noms célestes et d’une administration angélique.
Avant le feu, la marche.
Avant Metatron, Chanoch.
Avant le trône, un chemin.
Avant la charge céleste, un pas humain de plus fait dans la bonne direction.
Cela compte, car la tentation, en abordant Metatron, est de commencer par le sommet. Nous voyons le prince céleste, le שַׂר הַפָּנִיםSar HaPanimPrince de la Présence. Un titre de position par rapport à la Présence divine — un visage tourné vers les ordres inférieurs tout en demeurant serviteur devant ce qui est au-dessus.Glossaire, le Na’ar, le scribe céleste, le porteur du Nom, et nous imaginons que le mystère de Chanoch commence là où l’humanité s’achève.
La Torah commence ailleurs.
Son mystère commence dans le corps.
Un pied quitte la terre.
L’autre reste assez longtemps pour en porter le poids.
Puis le second suit.
Marcher n’est ni voler ni fuir. C’est un mouvement accompli par l’alternance, l’équilibre et le contact avec le sol. On avance précisément parce qu’on continue de toucher la terre.
C’est peut-être le premier secret caché dans vayis’halekh Chanoch.
Chanoch ne devient pas saint en niant le lieu inférieur. Il y découvre une direction.
La transformation ultérieure est déjà inscrite dans le geste antérieur.
Metatron est ce que devient la marche lorsqu’un être créé tout entier a été formé à une direction.
Le nom חנוך résonne lui-même avec חינוך, חִינּוּךְchinoukhÉducation, dédicace, formation. Non pas l’insertion d’une information, mais le façonnement d’une personne jusqu’à ce qu’un chemin devienne habitable de l’intérieur.Glossaire, l’éducation, la dédicace, la formation. Le chinoukh ne consiste pas à insérer une idée isolée dans l’esprit. Le chinoukh le plus profond façonne une personne jusqu’à ce que le chemin devienne habitable de l’intérieur. On apprend à un enfant à faire une berakhah jusqu’à ce que l’interruption avant de manger devienne naturelle. La main apprend la tsedakah. La bouche apprend la retenue. Le vendredi après-midi acquiert une autre texture. Le corps commence à se souvenir de Chabbat avant que l’intellect ait fini de l’expliquer.
On accomplit d’abord un acte saint.
Puis l’acte forme celui qui l’accomplit.
Puis la personne devient un lieu où l’acte a sa place.
Chanoch marcha.
Et marcha.
Jusqu’à ce que le marcheur et la direction ne puissent plus être nettement séparés.